Comment savoir lorsqu’un jeune cheval de 2 ans est prêt pour sa première course ? Cette question est essentielle puisque la première course d’un cheval représente une étape importante de sa carrière. Débuter un cheval de course est délicat du fait de l’incertitude que représente le nouvel environnement de l’hippodrome. Afin de maximiser les chances de réussite, présenter un cheval en excellente condition physique pour courir la course est important, à la fois pour sa santé mais aussi pour son mental. Si cela n’est pas le cas, l’expérience peut s’avérer négative et peu motivante pour les prochaines courses à venir.

 

Suivre l’évolution des deux ans afin de préserver leur santé et de manager leur progrès

Chaque cheval est différent et ne réagit pas de la même manière à l’entraînement. En collectant des données tangibles dès les premiers entraînements, l’entraîneur est à même d’objectiver les besoins de chaque cheval et d’évaluer les effets de l’entraînement. Si ce dernier n’est pas adapté, il peut porter préjudice à la santé du jeune cheval. Ces données collectées représentent une valeur inestimable puisqu’elles permettent de s’assurer que la charge de travail correspond au niveau du cheval. L’emploi d’un cardiofréquencemètre permet donc de limiter les risques de surentraînement et de sous entraînement et de favoriser l’organisation d’un entraînement adapté à chaque cheval.

L’indicateur de fitness par excellence est la récupération (calculée à partir de la fréquence cardiaque sur EQUIMETRE). Bien qu’observable à l’œil nu, il est préférable de collecter des données cardiaques afin de compléter le ressenti du terrain. Certains chevaux peuvent sembler avoir bien récupéré après un effort intense, tandis que leurs données montrent le contraire. Un cheval prêt à courir est un cheval dont la récupération s’est améliorée et stabilisée dans le temps. Cet indicateur est un élément important à suivre chez les deux ans afin de sécuriser leur environnement de travail et de vérifier que leur charge de travail soit adaptée à leur niveau.

Un autre indicateur de fitness est le temps de compensation de la dette en oxygène. Rappelons que la dette en oxygène d’un cheval correspond au manque d’oxygène accumulé lors de l’effort par un cheval. Si ce dernier ne dispose pas d’un état de fitness suffisant, le temps de compensation de la dette en oxygène sera plus long : le cœur continue de pomper rapidement après l’effort afin d’apporter les éléments nécessaires à l’organisme.

Comment cela est manifesté en pratique ?

Voici les données de deux jeunes chevaux de course de 2 ans arrivés à l’entraînement en janvier dernier. Nous allons dans un premier temps nous concentrer sur les données de fitness avant d’évaluer par la suite leurs aptitudes physiques et sportives.

Dans cet exemple, le premier élément que l’on remarque est la diminution des fréquences cardiaques des récupérations à 15 minutes et à la fin de la séance. Ceci témoigne théoriquement d’un entraînement bénéfique et adapté. Après la première séance, la récupération 15 mins après l’effort était de 101 BPM contre 81 BPM lors de la dernière séance. L’intensité des efforts s’est accrue, avec une vitesse moyenne plus élevée. Cela permet d’expliquer la « dégradation » notable de la récupération rapide, visible par l’augmentation de la fréquence cardiaque directement après l’effort.

Dans cet exemple, les données d’Arion II peuvent témoigner d’une inadéquation de la charge de travail au niveau de fitness du cheval. En effet, contrairement à Arion I, ses fréquences cardiaques de récupération évoluent à la hausse. Arion I devrait encore travailler son endurance afin d’améliorer son fitness. Ces données sont néanmoins à nuancer : lorsque que l’on s’intéresse à l’indicateur de temps de compensation de la dette en oxygène, ce dernier n’a pas évolué depuis le premier entraînement (malgré l’élévation de l’intensité de la charge de travail).

Cet indicateur permet de mesurer l’évolution de l’intensité du travail des chevaux car il mesure la vitesse moyenne de l’entraînement lorsque celle-ci est supérieure à 33 km/h.

Ces deux chevaux ont couru leur première course ensemble, une course réservée aux inédits de 2ans. Arion I s’est imposé en première place, très bien placé dès le début de la course. À l’inverse, Arion II n’a malheureusement pas réussi à tenir son effort tout au long de la course et n’était pas en mesure d’accélérer lorsqu’il le fallait. Les données collectées avant la course peuvent expliquer le manque de fitness nécessaire pour aller chercher la victoire.

Suivre l’évolution des aptitudes physiques et détecter les futurs performeurs

Évaluer le fitness est une chose, détecter les futurs cracks de demain en est une autre. Chaque cheval de course devrait être capable de gagner une course, le système est organisé pour cela. Identifier les petites subtilités tel que le profil locomoteur, les préférences de distance, de piste ou analyser la stratégie d’accélération est très utile afin d’engager le cheval sur la bonne course et maximiser les chances de réussite.

Le profil locomoteur est un excellent moyen d’objectiver les aptitudes physiques. Les chevaux de course sont tous différents et chacun galopent d’une certaine manière. Le profil locomoteur représente le couple cadence/amplitude pour lequel un cheval est le plus à l’aise lorsqu’il galope. Afin de le détecter à l’aide de données fiables, il est important d’analyser la cadence et l’amplitude d’un cheval lors d’un travail de vitesse assez conséquent. Le profil locomoteur est un paramètre important puisque contrairement au trotteur, la respiration du galopeur se calque sur le rythme de ses foulées. Ainsi, ce dernier respire selon la cadence de ses foulées et ne peut donc pas jouer sur le volume d’air qu’il fait rentrer dans ses poumons.

La stratégie d’accélération est relative au profil locomoteur de chaque cheval. Cette dernière est importante dans l’analyse des aptitudes physiques puisqu’elle complète l’analyse du profil locomoteur d’un cheval. La stratégie d’accélération permet de comprendre comment le cheval accélère afin de déterminer le meilleur moment pour lancer le sprint lors du finish.

Comment cela est manifesté en pratique ?

Ce graphique ci-dessous illustre les deux profils locomoteurs des chevaux de notre précédent exemple. On remarque qu’Arion I, avec une amplitude de 6,30m et une cadence de seulement 2,36 foulées par seconde peut théoriquement être catégorisé de stayer/miler. Cela signifie qu’il sera plus à l’aise sur de moyennes et longues distances. À l’inverse, Arion II présente une cadence remarquable de 2,5 foulées par seconde, avec une amplitude de 5,80m. Cela signifie qu’il sera théoriquement plus à l’aise sur de courtes distances. En effet, sa respiration se calque sur le rythme de sa cadence, qui lorsqu’elle est très élevée n’est pas soutenable durablement dans le temps.

Cet élément peut être confirmé à l’aide des différentes données collectées dans le temps.

profil locomoteur cheval inédit

Concernant la stratégie d’accélération de ces chevaux, ces deux graphiques nous permettent de l’analyser.

Anaysons la stratégie d’accélération d’Arion I

Dans un premier temps, on remarque que la cadence ne varie que très peu, elle passe de 2,16 à 2,26 foulées par seconde. En revanche, nous pouvons noter une hausse de l’amplitude assez marquée : les foulées augmentent de 0,8m (de 5,7 à 6,5m). De plus, cette augmentation se fait dès qu’il est demandé au cheval d’accélérer. Ce dernier augmente d’abord nettement son amplitude avant d’augmenter légèrement sa cadence. On peut donc en déduire que ce cheval accélère grâce à son amplitude.

Qu’est-ce que cela nous apprend ? Son temps d’accélération est plus long, mais cela lui permet de s’économiser puisque la fréquence cardiaque se calque sur le rythme des foulées du cheval. Il respire alors plus longuement, et inspire un volume d’air plus important. Cependant, contrairement aux chevaux accélérant avec leur cadence, ce cheval devrait être lancé de plus loin lors du sprint final car son accélération peut être longue à se mettre en place.

Anaysons la stratégie d’accélération d’Arion I

Le premier élément remarquable est le pic d’augmentation de la cadence lorsqu’il est demandé au cheval d’accélérer. Tandis que l’amplitude reste stable, le cheval augmente le rythme de ses foulées. Cette donnée passe de 2,22 foulées par seconde à 2,50 foulées par seconde en très peu de temps. Ensuite, seulement après avoir atteint la cadence souhaitée (rappelons que le cheval s’adapte aux changements de vitesse en adoptant le couple cadence/amplitude qu’il préfère), le cheval augmente progressivement et peu significativement son amplitude. Ses foulées augmentent de 0,3m. On peut donc en déduire que ce cheval accélère avec sa cadence.

Qu’est-ce que cela nous apprend ? Son temps d’accélération est bref car il est plus rapide pour un cheval d’augmenter le rythme de ses foulées plutôt que leur taille. Cependant, cette accélération est difficilement soutenable dans le temps puisque le rythme cardiaque se calque sur le rythme des foulées du cheval au galop. Ainsi, afin de préserver ce cheval, le sprint final peut être lancé dans les derniers mètres : le temps d’accélération est bref. Le moment où déclencher le sprint devient alors décisif en termes de stratégie d’accélération et gestion de course.

Ainsi, ces deux jeunes chevaux aux profils locomoteurs différents possèdent également une stratégie d’accélération différente.

Pour conclure cet article, il est important de préciser que l’ensemble des données présentées et analysées ci-dessus sont valables pour tous les chevaux de course et à tout âge. En les mesurant sur des chevaux de jeune âge, l’avantage réside dans l’obtention de données objectives qui permettent de constituer un historique de données sans précédent et qui pourra servir de référence tout au long de la carrière du cheval.