Entraîneurs, propriétaires et vétérinaires se rassemblent tous autour d’un défi commun : s’assurer du bien-être et de la santé du cheval de course afin d’améliorer ses performances. Tout comme les athlètes de haut niveau, les chevaux de course sont suivis par une équipe médicale à l’affût du moindre signe avant-coureur d’une pathologie.

Les outils permettant de mesurer des paramètres médicaux tels qu’EQUIMETRE se positionnent comme des relais d’information entre l’entraîneur et le vétérinaire. Récolter et centraliser des données telles que la fréquence cardiaque, la vitesse ou encore l’ECG possède un double avantage : suivre à la fois la performance mais également la santé du cheval.

Comment la télémédecine va-t-elle transformer les pratiques vétérinaires d’aujourd’hui ? Quels sont ses plus gros challenges ?

 

LA TÉLÉMÉDECINE

La télémédecine vétérinaire est définie comme « une forme de pratique vétérinaire à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication. Elle met en rapport, entre eux ou avec l’animal ou le troupeau, un ou plusieurs acteurs, parmi lesquels figure nécessairement un vétérinaire»  (Académie vétérinaire de France, 2017).

Cette pratique regroupe 5 domaines :

  • La téléconsultation est une consultation à distance.
  • La télé-expertise permet à un vétérinaire d’interpréter à distance des données médicales nécessaires au suivi d’un animal.
  • La télésurveillance représente l’apport scientifique à distance d’un confrère ayant des connaissances spécifiques dans un domaine relevant de l’acte vétérinaire tel que l’interprétation d’imagerie.
  • La téléassistance permet à un vétérinaire d’assister à distance un confrère au cours de la réalisation d’un acte.
  • La télérégulation correspond à la priorisation des demandes des détenteurs des animaux dans une situation supposée d’urgence.

La télémédecine était interdite jusqu’à présent par manque de cadre réglementaire encadrant cette pratique. Cependant, depuis le 18 mai 2020, les vétérinaires inscrits à l’Ordre des vétérinaires peuvent désormais effectuer de la télémédecine en complément de leur pratique actuelle, et ce à titre expérimental pendant une période de 18 mois. L’ordre des vétérinaires et le ministère de l’Agriculture évalueront cette nouvelle pratique en 2021, à la fin de la période d’essai afin de discuter de son futur.

 

EQUIMETRE, UN OUTIL DE TÉLÉMÉDECINE

En ayant accès aux données d’entraînement, un vétérinaire peut être à même de juger à distance si une intervention sur place pour des examens est nécessaire. Analyser des paramètres locomoteurs et évaluer la récupération selon l’intensité du travail demandé permet de donner des informations précieuses aux vétérinaires afin d’expliquer une contreperformance ou accompagner une rééducation. Ce lien permet également à l’entraîneur et au propriétaire de travailler dans la sérénité, grâce à des avis vétérinaires obtenus plus rapidement, plus régulièrement, plus efficacement.

Les comptes de la plateforme Equimetre comprennent une spécificité développée spécifiquement pour les vétérinaires qui souhaitent pratiquer la télémédecine. Un système de comptes miroirs liés permet aux vétérinaires de consulter les chevaux de tous leurs clients et aux clients de consulter leurs propres comptes concernant les entraînements de leurs chevaux.

Ainsi, depuis leurs cabinets, les vétérinaires peuvent analyser de manière longitudinale le travail de leurs patients, répondre à distance à des doutes de l’entraîneur et détecter des signes avant-coureurs de douleurs, ou de cardio anormal, afin d’intervenir dans les plus brefs délais. 

Les électrodes brevetées du capteur Equimetre permettent également d’enregistrer un électrocardiogramme complet, fin et précis, pendant toute la durée du travail, même à pleine vitesse. En cas de doute, les vétérinaires peuvent donc étudier toutes les données brutes enregistrées par le capteur en leur absence, y compris tous les électrocardiogrammes des entraînements réalisés, permettant ainsi de détecter par exemple des pathologies cardiaques, des arythmies, ou d’autres troubles du rythme cardiaque.

L’INTERVIEW DU DR EMMANUELLE VAN ERCK SUR LE SUJET

Arioneo – Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? 

Emmanuelle Van Erck – Emmanuelle Van Erck, je suis vétérinaire, spécialisée en médecine interne et en médecine du sport du cheval. J’ai travaillé pendant près de 15 ans à l’université, où j’ai travaillé en recherche sur la physiologie du sport du cheval. J’ai ensuite monté ma propre pratique privée de référé, spécialisée en médecine sportive, l’«Equine Sports Medicine Practice ». Nous allons d’écurie en écurie afin d’examiner des chevaux référés pour contre-performance, ou bien des chevaux performants et dont les propriétaires, cavaliers et entraîneurs veulent s’assurer préventivement que le cheval pourra poursuivre une bonne saison de compétition. Nous réalisons ainsi toute une série de tests pour s’assurer que le cheval athlète est en bonne santé.

 

Arioneo – Est-ce que vous pourriez nous expliquer votre vision du concept de télémédecine ? Pour vous quels sont ses objectifs à court terme ?

Emmanuelle Van Erck – Chez les chevaux athlètes, nous avons l’avantage qu’ils travaillent tous les jours. En plus d’un examen clinique au repos, récolter les données au travail nous donne des informations complémentaires intéressantes. Nous faisons déjà indirectement de la télémédecine quand nous regardons des vidéos de chevaux en compétition : nous évaluons comment le cheval effectue son parcours si c’est un cheval de CSO par exemple. De même lors d’une course, on peut analyser comment stratégiquement le cheval tient son effort. Certains outils, simples d’utilisation mais très performants, nous permettent de capter une réponse du cheval au travail et nous donnent le moyen d’avoir accès à une information que nous n’aurions pas eue autrement, à moins d’être présent quotidiennement auprès de l’entraîneur pour regarder les chevaux (ce qui n’est malheureusement pas possible). Avoir des outils qui nous permettent de récolter des données est donc une forme de télémédecine puisque l’on peut suivre ses chevaux à distance, se connecter sur une plateforme pour accéder aux données des capteurs et les analyser. Nous pouvons ainsi déterminer si le cheval répond de manière normale à son entraînement. S’il s’est amélioré sur une période donnée, cela veut dire que son entraînement est bien mené et en adéquation avec sa physiologie : On pourra récolter les fruits de cet entraînement par la performance. Si au contraire ses paramètres se dégradent par rapport à ce qu’il a l’habitude de faire ou bien s’ils sont inférieurs à ceux d’autres chevaux de même niveau et de même catégorie, cela peut indiquer que le cheval a un problème physique sous-jacent. Est-il surentraîné ? A-t-il un problème de santé, une maladie ? On peut parler de maladie subclinique : le cheval semble aller bien mais le capteur détecte des déteriorations subtiles des paramètres à l’effort. Cela nous permet d’intervenir beaucoup plus tôt dans notre processus de suivi médical et d’investiguer un problème locomoteur, respiratoire ou cardiaque avant que ceux-ci n’aient un impact réel sur la performance. Le but est de résoudre ces problèmes avant que le cheval soit en compétition pour éviter la contre-performance ou un accident.

Arioneo – Les principaux objectifs de la télémédecine sont donc de détecter les maladies subcliniques et d’effectuer un travail de prévention complet. Quels sont ses gros challenges ?

Emmanuelle Van Erck – Imaginons que la télémédecine soit mise en place en pratique vétérinaire, un de nos plus gros challenge sera d’avoir des systèmes qui soient suffisamment faciles à mettre en place pour que les entraîneurs et les cavaliers les adoptent. Il faut que le cheval puisse être équipé facilement et rapidement sans que le système soit trop invasif. Si la mise en place sur le cheval prend trop de temps, si la récolte des données, leur téléchargement, nécessitent trop de manipulations, cela sera un vrai frein à l’intégration de ces technologies en routine. En revanche, si le système est ergonomique, qu’il reconnaît le cheval automatiquement, qu’il renvoit les données sur un serveur externe sans intervention, cela permettra d’avoir les informations rapidement, accessibles à tout le monde. Le travail sera facilité. Pour vous donner un exemple, avant l’Equimètre, si nous voulions effectuer un électrocardiogramme et une analyse de locomotion lors d’un test à l’effort, nous disposions d ‘appareils tous indépendants les uns des autres. Donc nous étions obligés d’importer les données séparément, de mettre les données de vitesse d’un côté, la fréquence cardiaque de l’autre, regarder les ECG puis de synchroniser tous ces enregistrements… Cela était fastidieux et chronophage, et donc couteux. Avec EQUIMETRE, chacun y trouve son compte, les entraîneurs sont intéressés par les données de vitesse à l’entraînement et nous, vétérinaires, sommes intéressés par les données physiologiques et médicales.

 

Arioneo – Pour vos clients, il y a donc un enjeu économique important, car vous montrez un vrai gain de temps et pour eux cela rend une consultation moins onéreuse. Est-ce que vous seriez capable de donner un ordre de grandeur sur les économies réalisées ? 

Emmanuelle Van Erck – C’est compliqué, car nous sommes encore vraiment très tôt dans le processus. Par exemple pendant la période du confinement due au Corona Virus nous n’avions pas toujours accès aux chevaux et cela devenait donc compliqué de répondre à la demande existante. Le fait d’obtenir des informations par le propriétaire au travers de vidéos et des paramètres mesurés nous permettait déjà de donner un avis sur la démarche à mettre en place dans l’attente de pouvoir examiner le cheval. Nous n’établissions pas un diagnostic à distance mais cela nous permettait d’établir les priorités : de dire « ce cheval doit être vu en urgence » ou bien « ce cheval-là peut attendre moyennant tel ou tel soin ». Nous devons toujours très attentifs aux conseils que l’on peut dispenser parce que l’on ne veut pas passer à côté de quelque chose ou médicaliser inutilement un cheval qui n’en aurait pas besoin. Mais c’est une démarche qui peut vraiment trouver son utilité. Cela nous permet d’avoir accès à beaucoup plus de chevaux et de faire un travail sur l’ensemble des chevaux d’une écurie plutôt que d’aller voir un cheval qui a un problème ponctuel. Nous pouvons faire de la prévention sur l’ensemble de l’écurie.

 

Arioneo – Quels sont les points de vigilance vis-à-vis de la télémédecine ? Est-ce que cette pratique pourra être effectuée sans déroger aux codes de déontologie ?

Justement il faut qu’il y ait une vraie réflexion de la part de l’Ordre des vétérinaires autour de ce que peut être la télémédecine. En médecine humaine, la télémédecine existe déjà pour l’imagerie par exemple. On peut faire des radios dans un hôpital et les renvoyer à un radiologue dans un autre établissement pour qu’elles soient interprétées par un spécialiste. C’est ce qui se fait aussi avec les chevaux. Cependant dans les cas de litiges, il faut bien établir à qui revient la responsabilité.  Cette question de responsabilité est importante et il faut bien poser les limites de la télémédecine. On peut donner un avis à distance, mais ce ne sera jamais la même chose que d’être présent avec ses cinq sens en alerte.

 

Dans mon cadre d’activité, je vois un très grand intérêt de la télémédecine dans l’amélioration du suivi des patients. Si je diagnostique une affection cardiaque chez un cheval de compétition, il m’importe pour la gestion de sa carrière et la sécurité de son cavalier de suivre comment il évolue avec son affection. Aujourd’hui, en fonction du problème cardiaque diagnostiqué, nous pouvons décider de revoir un cheval endéans les 6 mois. Mais si j’ai un capteur que je peux mettre sur ce cheval à l’entraînement pendant ces 6 mois, je peux évaluer en toute objectivité si sa condition physique évolue bien ou si au contraire un traitement ou un entrainement différent doit être mis en place. Cela nous permet d’être vraiment plus précis et réactifs dans nos interventions.

Arioneo –  Quel genre d’impact la révolution numérique pourrait-elle avoir sur votre quotidien ? Sur l’avenir de la profession ?

Emmanuelle Van Erck – Cette révolution est inévitable et il faut vraiment en tirer le maximum, ce sont des outils qui aident. Ils ne nous remplacent pas, ne remplacent pas non plus l’entraîneur ni le cavalier mais ils font parler le cheval. Ils vont de manière beaucoup plus sensible mettre un chiffre sur un problème éventuel et permettre l’adaptation de l’activité physique. Les entraîneurs professionnels dans des sports comme le football, le rugby ou la natation ont déjà mis ces outils là en place.  Les préparateurs sportifs peuvent travailler sur les données pour individualiser les entrainements et éviter le surentraînement.

 

Arioneo – En conclusion, comment voyez-vous le futur de votre profession ? Imaginez-vous pouvoir avoir des patients dans le monde entier ?

Emmanuelle Van Erck. – Oui, c’est l’ouverture que nous offre ces nouvelles technologies. Nous allons avoir une information beaucoup plus globale. Le Big Data va nous permettre de savoir ce qui est pertinent de regarder ou pas. Nous allons donc être capable d’améliorer la santé et le bien-être du cheval, que ce soit en compétition, à l’entraînement et dans le transport. L’attention au bien-être animal s’est énormément développée ces dernières années: nous devons nous assurer que l’on ne met pas les chevaux dans le rouge par une méthodologie éprouvée plutôt qu’à un « feeling » subjectif. Si un cheval change de groom, il est que de précieuses informations se perdent. L’introduction d’un élément continu dans le temps permet de garder un suivi quels que soient les changements effectués.

Arioneo – Pourra-t-on parler de télérecherche ?

Emmanuelle Van Erck – Oui absolument, avec ce type de capteur on peut générer énormément de données, travailler avec des groupes de recherche partout dans le monde et avec les mêmes outils. Un plus grand volume de données implique une recherche plus puissante, plus fine et plus spécifique. Je pense donc que nous allons vers un vrai progrès.

 

Arioneo – Un mot pour la fin ?

Emmanuelle Van Erck – La transition arrive et cela faisait longtemps que nous l’attendions. Quand j’ai commencé ma carrière à l’université, nous étions obligés d’observer les chevaux sur tapis roulant car nous n’avions pas les outils qui permettaient de regarder tout ce que l’on peut mesurer maintenant à l’entraînement. Aujourd’hui, nous avons des appareils qui nous permettent d’avoir un œil sur le terrain en continu, nous sommes en mesure de développer des analyses bien plus puissantes, en fonction des changements de piste, de cavalier par exemple, et cela pour chaque individu. Demain, nous y sommes !