Home 9 Course 9 Les études génétiques vont-elles révolutionner les courses hippiques ?

Pourquoi étudier la génétique des chevaux de course ?

 

Comprendre la performance des chevaux de course est absolument crucial pour les entraîneurs, les propriétaires et tous les acteurs de l’industrie des courses hippiques. La performance d’un cheval repose sur plusieurs facteurs dont l’entraînement, la nutrition, les origines etc. Ces facteurs sont autant de leviers que les entraîneurs peuvent optimiser pour booster la performance des chevaux de course. Évidemment, la génétique joue un rôle important dans la performance des chevaux de course, et si les pedigrees sont parfaitement maîtrisés par les acteurs des courses, la génétique semble être un levier encore peu exploité. 

Dans l’optique d’optimiser et d’améliorer les performances des chevaux de course, de nombreux travaux de recherche sur la génétique ont été entrepris. Ils visent à identifier les paramètres génomiques et génétiques qui influencent la performance. L’étude génétique, en décomposant les régions génomiques et leurs contenus, permet d’établir des corrélations entre ces derniers et la performance du cheval étudié.

Qu’est ce que la génétique ?

“La génétique est la science de l’hérédité. Elle étudie les caractères héréditaires des individus, leur transmission au fil des générations et leurs variations (mutations). C’est l’étude de cette transmission héréditaire qui a permis l’établissement des lois de Mendel. La mise en évidence de l’ADN, qui est le support de l’information génétique, a permis le développement de la génétique moléculaire.”

Source: https://www.futura-sciences.com/sante/definitions/genetique-genetique-152/

Idéalement, grâce à ces recherches, l’analyse de l’ADN d’un cheval pourrait permettre d’identifier et de quantifier le potentiel du cheval de course analysé.  De surcroît, cette technique pourrait permettre de pousser plus loin le contrôle de la reproduction afin de faire naître des poulains disposant des meilleurs gênes. 

Quelle est l’avancée des travaux scientifiques aujourd’hui ?

À ce jour, de nombreuses études ont été menées mais aucune à une échelle suffisamment grande pour en tirer des conclusions précises et fiables. Cependant, la recherche avance à grand pas et la maîtrise scientifique du sujet, bien que sujette à des questions d’éthique et de vives critiques, progresse à vue d’œil.

L’indice génétique

Des travaux de recherche ont permis de définir l’indice génétique. Cet indice, selon l’IFCE, “cherche à estimer la qualité génétique d’un cheval, c’est-à-dire sa capacité à transmettre ses qualités à ses produits. Il permet de prédire la valeur de la production future du cheval, étalon ou poulinière”. Cet indice permet de comparer plusieurs chevaux entre eux et de sélectionner les meilleurs reproducteurs. Toutefois, cette méthode non plus n’est pas encore optimale et doit être corrélée à un coefficient de détermination. Ce dernier indique la précision avec laquelle l’indice génétique a été estimé.

Le gène de la vitesse

De surcroît, l’entreprise de science équine Plusvital a mis en lumière en 2015 l’existence “d’un gène de la vitesse”. En isolant ce gène, il est possible d’avoir une idée très précise de la distance de course de prédilection. En effet, “plus de 83 % des chevaux ayant le “gène de la vitesse” de type C:C (sprinter) avaient une distance optimale d’un mile ou moins”. Pareillement, “89 % des chevaux ayant le “gène de la vitesse” de type T:T (stayer) couraient mieux sur des distances plus longues que le mile”. L’analyse de l’ADN peut donc aider quant au choix de la distance pour un cheval de course et offrir des indications précieuses quant à son potentiel.

La myostatine : un facteur génétique influençant la distance de prédilection

Une étude de la BEVA (Association des Vétérinaires Équins Anglais) montre que la myostatine (ou MSTN) est le facteur génétique le plus influent dans le choix de la distance de course. En effet, il existe un “variant SINE” à la MSTN qui ne se trouve que chez les Pur-Sang et les Quarter Horse. Ce variant est donc un signe de fortes capacités de sprint chez le cheval étudié, comme en témoignent les capacités reconnues de ces races sur des courtes distances. Leur étude menée sur 3006 chevaux de tous les continents semble être la plus aboutie à ce jour. La MSTN est un levier qui peut être employé afin de faire des engagements sur les bonnes distances pour chaque cheval, en fonction de leurs aptitudes génétiques.

Le clonage

Le premier cheval cloné, Prometea, est né en 2003. Aujourd’hui plusieurs entreprises autour du monde proposent des services de clonage avec des technologies en perpétuelle amélioration. Les premiers clones destinés à la compétition sont arrivés à l’âge de faire leurs preuves il y a seulement quelques années. Cependant, il n’a pas été prouvé que les chevaux clonés ont plus de chance de performer au plus haut niveau. C’est pourquoi en 2013 la FEI a levé l’interdiction aux chevaux clonés de participer aux compétitions internationales. Pour le moment, les chevaux clonés ne peuvent figurer dans les plus grands studbooks de courses, notamment celui des Pur Sangs, Trotteurs français, ou encore Pur Sangs arabes.

L’application concrète la plus développée est actuellement l’élevage puisque le clonage offre la possibilité de garantir et exploiter le capital génétique d’un hongre, ou d’une jument n’ayant pas terminé sa carrière sportive, tout en multipliant les chances d’obtenir les produits d’un cheval en diversifiant les risques d’infertilité ou d’accident. Le clonage appliqué à l’élevage des chevaux de sport présente aussi un avantage sur le plan de l’amélioration de la race puisque du capital génétique se perd avec la castration des mâles. Ces derniers représentent plus de 40% de la population entre les mâles et les hongres. En 2002, Anne Ricard a démontré que l’utilisation de clones de hongres de haut niveau de performance dans les programmes d’élevage pourrait promouvoir un gain génétique de 4% à chaque génération.

Zoom sur l’étude Génotrot – Cartographie du génome du Trotteur Français

A l’échelle française, Le Trot, l’INRAE et l’IFCE ont collaboré pendant plusieurs années pour “proposer une cartographie élargie du génome du Trotteur Français sous l’angle de ses performances et allures”. Avec une démarche d’observation et d’analyse, l’étude GénoTrot met en lumière des corrélations entre des régions du génome qui influencent la performance des trotteurs. L’étude parue en 2021, a l’ambition de :

  • Valider sur une population plus large les résultats obtenus sur le gène DMRT3, sachant qu’il est le déterminant principal  des allures d’un cheval
  • Déterminer l’importance des caractéristiques des allures sur les performances
  • Identifier des régions chromosomiques et des gènes (autres que le gène DMRT3) qui ont une influence sur les allures ou les performances en course

Cette étude a montré qu’au-delà du gène DMRT3, au moins 25 autres gènes avaient une influence claire sur l’allure et la performance des chevaux. Ces gènes influent de manière différente sur la performance du cheval de course. Voici 2 types de conclusion tirées par l’étude Génotrot:

  • Au sein du chromosome 18, il y a une région génomique (ou QTL) qui “se concrétise par les gains par course terminée à 2 ans, à 3 ans, à 4 ans et de 5 à 10 ans qui sont significativement supérieurs”
  • Dans le chromosome 6, l’étude met en avant une région qui a “un lien très fort avec la capacité à se mettre au galop” et ainsi de partir à la faute en course de trot.

Cette étude repose sur notre capacité à séquencer l’ADN des chevaux, de la même manière que nous le faisons chez l’humain. Le séquençage génétique de l’ADN détermine l’ordre des quatre éléments constitutifs chimiques qui composent la molécule d’ADN. Cette technique d’analyse de l’ADN permet donc de mettre en lumière des caractéristiques génétiques et de les corréler aux capacités des chevaux de course. Cela permet donc de tirer des conclusions concrètes, par le biais de la reproduction contrôlée, de faire naître un cheval optimisé génétiquement pour une discipline donnée.

Quels enseignements peut-on tirer et dans quelle mesure est-il possible d’exploiter les connaissances scientifiques actuelles ?

 

L’utilisation de la génétique semble avoir trois champs d’application concrets pour le moment:

  • La détection de futurs performeurs
  • La meilleure connaissance des aptitudes sportives naturelles
  • L’élevage des chevaux de sport

Cependant, les études citées dans cet article présentent des limites. Tout d’abord, les populations étudiées (maximum 3000) ne semblent pas être assez larges pour être valables. En effet les phénomènes observés le sont sur des échantillons non-représentatifs, minimisant la validité des résultats. De plus, cette analyse du cheval de course est difficile à mettre en place et représente un coût élevé. Ainsi, il est difficile d’imaginer une démocratisation de l’analyse de la génétique des chevaux de course dans un futur proche. Donc, comme le reconnaissent plusieurs études, pour les années à venir, l’influence non-génétique des entraîneurs et des propriétaires gardera le dessus dans les choix de distance et d’entraînement des chevaux de course. Des études ont montré que chez les pur-sang, 30% de la performance de course est due à des composants de l’hérédité (Gaffney and Cunningham, 1988). LeCheval affirme que “la génétique explique de 25 à 45 % de la performance sportive selon les races et les disciplines, soit des valeurs comparables à celles obtenues pour la production laitière des bovins, aussi surprenant que cela puisse paraître pour un tel caractère synthétique et complexe”. Cependant, cloner un crack ne suffit pas car le pourcentage restant de la performance dépend d’une infinité de facteurs, des conditions d’élevage, d’alimentation, à l’accompagnement durant le dressage et le travail du cheval.

Notre maîtrise scientifique de la génétique, mais aussi de l’organisme et de la physiologie des chevaux de courses a drastiquement augmenté ces dernières années. Cette évolution améliore la performance générale des chevaux de course. Néanmoins, elle pose aussi un problème éthique et met en danger certaines races dont les gènes ne sont pas favorables à la performance de haut niveau.

Et vous, que pensez-vous de ce contrôle émergeant de la génétique des chevaux de course ?

Mots clés: génétique cheval de course, génomes, analyse ADN cheval, facteurs de performances, hérédité cheval de course

Bibliographie
  • Danvy, S. and Sabbagh, M., 2018. Indices génétiques et de performance chez les équidés
  • E. W. Hill, B. A. McGivney, M. F. Rooney, L. M. Katz, A. Parnell, D. E. MacHugh, 2019. The contribution of myostatin (MSTN) and additional modifying genetic loci to race distance aptitude in Thoroughbred horses racing in different geographic regions

  • IFCE, INRAE, LeTROT et Fonds Éperon, 2021. GÉNOTROT : NOUVELLES CONNAISSANCES ET BASE D’UN FUTUR DIFFÉRENT
  • Victoria O’Hara, Amélie Cowan, Dominique Riddell, Claire Massey, John Martin & Richard J. Piercy, 2021. A highly prevalent SINE mutation in the myostatin (MSTN) gene promoter is associated with low circulating myostatin concentration in Thoroughbred racehorses
  • T. Tozaki, E. W. Hill, K. Hirota, H. Kakoi, H. Gawahara, T. Miyake, S. Sugita, T. Hasegawa, N. Ishida, Y. Nakano, M. Kurosawa, 2011. A cohort study of racing performance in Japanese Thoroughbred racehorses using genome information on ECA18
  • Ricard A., Robert C., 2019. Qu’apporte la génomique à la sélection pour la performance ?
  • http://www.lecheval.fr/article/la-genomique-au-service-de-lelevage/12075
  • https://www.jourdegalop.com/2019/01/une-decouverte-scientifique-qui-renforce-la-valeur-des-tests-genetiques-pour-predire-la-distance