Le trot et le galop sont deux allures sautées : durant un bref instant aucun des membres du cheval n’est en contact avec le sol. Ce temps en suspension peut être utilisé pour s’élever en hauteur, par exemple les chevaux de dressage vont chercher à augmenter ce rebond. Les chevaux de course doivent quant à eux déployer l’ensemble de leur énergie pour se propulser vers l’avant, tout mouvement vertical de leur centre de gravité peut alors être vu comme une perte d’énergie. Ils doivent donc chercher à conserver leur centre de gravité à la même altitude tout au long de la foulée. Les trotteurs et les galopeurs partagent cette logique. Cependant, leurs locomotions sont très différentes. Dans ce blog, nous allons étudier les spécificités locomotrices du cheval de course.

Mouvement du centre de gravité chez un cheval de dressage et chez un cheval de course. Le cheval de dressage a un centre de gravité qui bouge beaucoup verticalement : il effectue des bonds. Le centre de gravité d’un cheval de course est quasiment à altitude fixe : ses foulées sont rasantes.

1. Spécificité locomotrices du trot

Le trot est une allure symétrique durant laquelle les deux diagonaux effectuent exactement le même mouvement tant en termes de distance parcourue que de temps nécessaire à effectuer le déplacement. La moyenne des trotteurs monitorés par EQUIMETRE (pour les travaux atteignant 40km/h) montre une cadence de 2,3 foulées par secondes avec une amplitude de 5,94m; contre 3m pour un trot de manège et une cadence de 1,3 foulées par seconde.

L’amplitude d’un trotteur est limitée par des contraintes physiologiques. En effet, durant les temps de suspension, le postérieur qui avance risque de toucher l’antérieur qui recule, obligeant les membres postérieurs à avancer par l’extérieur afin de limiter cette interaction : les deux membres évoluant sur des lignes différentes, ils ont moins de probabilités de se toucher.

 

Ce mouvement latéral constitue une perte d’énergie car tout le mouvement n’est pas concentré vers un déplacement antéro-postérieur. Il est aussi possible que ce mouvement mène à une usure prématurée des membres pouvant entraîner entre autres arthrose et problèmes de cartilages.

Dans certaines situations, le trotteur peut adopter des allures non naturelles ou le galop ce qui est alors sanctionné. Il peut galoper des antérieurs et trotter des postérieurs (aubin), ou inversement (traquenard) ou lorsqu’’il déplace simultanément et dans le même sens un antérieur et un postérieur du   même côté (amble). Bien que les mécanismes amenant le trotteur à la faute ne soient pas fortement documentés dans la recherche scientifique, certaines situations telles que la fatigue ou la douleur, par exemple si le cheval se touche en essayant d’allonger la foulée, peuvent les déclencher. De même, un trop plein d’excitation si le cheval voit ses concurrents s’éloigner serait susceptible de porter les chevaux à la faute.

2. Les spécificités locomotrices du galop

Le galop est une allure dissymétrique : le cheval peut galoper soit à droite soit à gauche. En ce cas, l’ordre de pose de ses membres sera différent. L’antérieur avancé est celui qui se pose devant l’autre, cela correspond aussi au second antérieur à se poser. Ainsi l’antérieur avancé au galop à droite sera l’antérieur droit. La moyenne des galopeurs monitorés par EQUIMETRE (pour les travaux atteignant 55km/h) montre une cadence de 2,43 foulées par secondes avec une amplitude de 6,85m. En comparaison l’amplitude d’un cheval de selle en manège est en moyenne de 3m50. Pendant un galop de chasse, au galop classique, les deux membres du diagonal extérieur se posent simultanément. On appelle diagonal l’association d’un postérieur et de son antérieur opposé. Le galop est donc une allure à trois temps.

 

specificités locomotrices du galop

Cependant, durant une course, du fait de la vitesse, ils se dissocient, c’est-à-dire que le postérieur se pose légèrement plus tôt que l’antérieur associé et non plus exactement ensemble. Le galop passe de trois temps à quatre temps (exemple au galop à gauche: postérieur droit, postérieur gauche, antérieur droit, antérieur gauche et non plus postérieur droit, diagonal droit, antérieur gauche).  

Les galopeurs n’adoptent que très rarement des allures défectueuses mis à part à la sortie des boîtes. En effet, il arrive que le galop du cheval ne soit pas naturel à ce moment : il galope à gauche des antérieurs et à droite des postérieurs par exemple (galop désuni). Après quelques mètres la foulée redevient normale. Il a été suggéré (HIRAGA, YAMANOBE and KUBO, 1994) que cela était dû au départ rapide qui ne permet pas au cheval de réguler son allure ou car cela permettrait une meilleure propulsion vers l’avant. Ces défauts d’allures peuvent aussi apparaître à la fatigue pendant une course particulièrement éprouvante.

Cette figure tirée de Hiraga et Al. (1994) présente la locomotion en sortie de boite de 3 chevaux différents. Le premier cheval effectue ses 7 premières foulées au galop désuni, avant de reprendre un galop à droite classique. Le deuxième alterne entre des foulées justes et des foulées désunies avant de se stabiliser à droite. Le troisième est quant à lui dès le départ au galop à gauche classique.

 

D’un point de vue énergétique, il semble que chaque équidé possède une vitesse préférée pour la transition du trot vers le galop (Barrey, Auvinet and Couroucé, 1995) et cette vitesse particulière est liée à un coût métabolique optimal de la course. Cependant, une autre expérience a démontré que la transition trot-galop est déclenchée lorsque le pic de force de réaction avec le sol atteint un niveau critique d’environ 1 à 1,25 le poids du cheval (Barrey, Auvinet and Couroucé, 1995).

3. La respiration du cheval, fonction de son allure

 Selon que le cheval trotte ou galope, son rythme respiratoire n’est pas le même. Dès lors les stratégies respiratoires s’adaptent en fonction de l’allure et de la vitesse.

La respiration au trot est une respiration volontaire, elle n’est pas calée sur l’alternance posé – projection : le cycle respiratoire est indépendant du mouvement. Comme les humains lors de la course, ils sont capables d’inspirer sur plusieurs foulées et d’expirer sur plusieurs foulées. Cela permet aux trotteurs de pouvoir adapter leur rythme respiratoire à leur besoin, à leur vitesse. Ils ont la possibilité de s’économiser durant les phases souples, en diminuant leur rythme respiratoire et peuvent très fortement augmenter leur apport en oxygène durant les phases intenses en augmentant leur rythme de respiration. En contrepartie l’effort nécessaire à l’inspiration-expiration est accru : ils doivent contracter leurs muscles afin de faire entrer l’air et de l’expulser.

Au galop, la respiration est calée sur le mouvement des membres : le cheval inspire pendant son temps de suspension et expire lors du posé de ses membres. Cette synchronisation ne varie que très peu avec la vitesse ou la fatigue : elle se fait mécaniquement. Ainsi, le galopeur ne peut pas véritablement adapter sa respiration à l’intensité de son effort car son rythme respiratoire est nécessairement calqué sur le rythme de ses foulées, il ne peut jouer que sur le volume d’air qu’il va laisser pénétrer dans ses poumons. Pour inspirer de l’air plus fréquemment, il n’a d’autre choix que d’augmenter sa cadence afin d’augmenter son rythme respiratoire. En contrepartie, les efforts déployés pour respirer sont diminués.

Ainsi, mécaniquement, lorsqu’un cheval a besoin d’augmenter sa fréquence cardiaque, il est contraint d’augmenter sa cadence. C’est alors que l’analyse de la locomotion se couple à l’analyse du fitness du cheval de course: plus un cheval sera fit, plus il sera en mesure de repousser son seuil aérobie/anaérobie, c’est-à-dire le moment où les besoins énergétiques pour assumer l’effort dépassent la capacité d’apport en oxygène du système respiratoire.

 

Avec l’entraînement, l’athlète cheval est capable de tenir plus longtemps son effort sur son cycle aérobie: la gestion cardio-respiratoire de son effort s’optimise et il peut alors tenir son amplitude plus longtemps sans avoir à accélérer sa cadence (au détriment de son amplitude) pour accélérer sa fréquence respiratoire. Par ailleurs, cette spécificité respiratoire au galop permet la mise en place de stratégies pour reprendre son souffle au cours de la course. En effet, lorsque le cheval change de pied, son temps de projection, donc d’inspiration, est plus long. En changeant de pied, il peut alors reprendre son souffle grâce au bol d’air permis par le temps de suspension allongé, pour accélérer à nouveau par la suite.

4. Au galop, le pied de prédilection

Le galop étant une allure dissymétrique, le cheval doit choisir de galoper soit à droite soit à gauche. En l’absence de contraintes extérieures, par exemple au pré en ligne droite, le cheval adopte spontanément son pied « préféré ». Tous les chevaux sont ainsi droitiers ou gauchers selon le côté qu’ils privilégient au galop.

Malgré de nombreuses recherches effectuées, aucune n’a démontré une différence de performance entre les chevaux droitiers ou gauchers en général. Cependant, les droitiers sont plus souvent vainqueurs que les gauchers corde à droite et inversement (Cully et al., 2018). Par exemple, aux Etats Unis où toutes les pistes sont courues corde à gauche, la majorité des chevaux sont gauchers. Il apparaît alors que la latéralisation d’un cheval influe uniquement de manière ponctuelle durant une course, en lien avec le sens de la corde mais qu’elle n’apporte pas d’avantage physiologique en général

L’antérieur avancé au galop subit des contraintes plus importantes que l’autre. En effet, il est le dernier membre à se poser avant le planer et supporte donc, durant un instant, l’intégralité du poids du cheval, dans une position peu stable. Au galop à droite, les muscles de la main droite sont ainsi plus sollicités que ceux du côté gauche. De ce fait, les chevaux droitiers seront plus musclés à droite et inversement. Chaque cheval est donc dissymétrique du fait de sa latéralité. L’entraîneur doit donc prendre en compte cette préférence pour adapter l’entraînement et les engagements à chaque cheval.

Bibliographie 

Barrey, E., Auvinet, B. and Couroucé, A., 1995. Gait evaluation of race trotters using an accelerometric device. Equine Veterinary Journal, 18, pp.156-160. Cully, P., Nielsen, B., Lancaster, B., Martin, J., McGreevy, P. 2018. The laterality of the gallop gait in Thoroughbred racehorses. PLoS ONE 13(6): e0198545. https://doi.org/10.1371/journal. pone.0198545 HIRAGA, A., YAMANOBE, A. and KUBO, K., 1994. Relationships between Stride Length, Stride Frequency, Step Length and Velocity at the Start Dash in a Racehorse. Journal of Equine Science, 5(4), pp.127-130.