Connue pour être un sujet central au sein de la filière course, la vitesse est un facteur déterminant du succès d’un cheval. La tenue de la vitesse maximale et les stratégies de course sont des termes qualifiant ce paramètre clé. Rappelons que la carrière d’un cheval de course est brève et les opportunités de performer lors d’une course sont peu fréquentes. Chaque donnée contribuant à la détection des spécificités et capacités des chevaux devient alors précieuse dans une optique d’optimisation de la performance.

         La tenue de la vitesse maximale correspond à la durée ou à la distance sur laquelle le cheval de course est capable de tenir son effort pour atteindre et maintenir sa vitesse maximale. Il existe peu d’études scientifiques portées sur l’analyse de la tenue de la vitesse maximale et des facteurs l’influençant. Dans cet article notre équipe vous propose une explication de la mesure de la tenue de vitesse. Elle repose sur des facteurs à la fois interne et externe aux capacités du cheval. Nous vous proposons également des pistes de suivi de cet indicateur de performance.

COMMENT MESURER LA TENUE DE VITESSE ?

               Les chevaux de course ne sont pas capables de tenir leur vitesse maximale sur l’ensemble de la course. La connaissance de la capacité de tenue de vitesse est intéressante afin de comprendre quelle vitesse instaurer selon l’avancée de la course et quand exploiter le potentiel maximal.

Cette optimisation de la performance est réalisable en se basant sur 2 types de facteurs :

  • Les facteurs internes, ceux qui caractérisent les aptitudes physiologiques du cheval – le cheval utilise l’énergie produite en interne pour générer une propulsion vers l’avant. On peut donc définir deux groupes – Le profil locomoteur et les processus de production et de dépense énergétique.
  • Les facteurs externes, ceux qui caractérisent la course courue – La topographie, les concurrents, le terrain, la méteo etc.

Les facteurs internes

PROCESSUS DE PRODUCTION ÉNERGÉTIQUE

Le processus de production énergétique (retrouvez notre article sur les notions de physiologie pour en savoir plus) joue un rôle déterminant dans la qualification de la tenue de vitesse d’un cheval de course. En effet, un cheval nécessite une excellente condition physique afin de maintenir sa vitesse maximale le plus longtemps possible. Rappelons qu’il existe différents métabolismes de production d’énergie et qu’un entraînement adapté contribue à leur optimisation.

  • La filière aérobie est la plus avantageuse car cette dernière offre une quantité quasi-inépuisable d’oxygène et ne produit pas d’acide lactique. Cette filière utilise l’oxygène afin de convertir les graisses présentes dans l’organisme en énergie. Elle est cependant plus longue à mettre en place pour l’organisme.
  • La filière anaérobie intervient lorsque les graisses ne suffisent plus à produire suffisamment d’énergie rapidement. Le corps dégrade alors les réserves de glucose et de glycogènes (sucres) qui sont stockées directement dans les muscles, sans utiliser l’oxygène. Cette dégradation produit de l’acide lactique et génère de la fatigue musculaire. Il est difficile pour le cheval de tenir son effort. Une dette en oxygène est alors créée et peut engendrer un temps de récupération plus long.
PROFIL LOCOMOTEUR

          Le profil locomoteur contribue également à la mesure de la tenue de vitesse d’un cheval puisqu’il est à l’origine du mouvement de portée vers l’avant. Certains chevaux ont une locomotion caractérisée par une large amplitude et une faible cadence tandis que d’autres possèdent une cadence élevée et une amplitude faible. Ces deux paramètres (cadence & amplitude) permettent de constituer le profil locomoteur d’un cheval de course. Il constitue une composante importante des aptitudes physiques car la vitesse dépend de la locomotion.

          Le cheval est un animal dont la respiration se calque sur ses foulées. Ainsi, les chevaux ayant une fréquence de foulée élevée sont également capables de fournir une fréquence respiratoire élevée. Cette situation n’est pas optimale pour l’assimilation de l’oxygène lors du processus cardio-respiratoire et peut s’avérer difficilement soutenable sur le long terme. À l’inverse, une grande amplitude et une faible cadence permettent une apparition plus tardive de l’essoufflement mais elles engendrent une destruction des cellules musculaires plus importante car le mouvement d’amplitude sollicite les muscles en puissance.

Il existe un couple cadence/amplitude permettant d’atteindre une vitesse optimisée selon le profil physiologique et locomoteur du cheval. Plus cette vitesse est élevée, plus le cheval est naturellement performant car les efforts nécessaires au maintien de cette vitesse sont naturels. Un dépassement de cette vitesse optimisée demandé (au cours d’une course ou d’un entraînement) oblige le cheval à sortir de sa zone de confort optimale. Les modifications de cadence et d’amplitude exécutées pour accélérer dérèglent le profil physiologique du cheval et la vitesse ne peut être tenue sur l’ensemble de l’exercice.

Les facteurs externes

Que ce soit en termes de distance, de topographie ou de qualité de piste, le terrain sur lequel les chevaux courent une course influence grandement leur vitesse. Ainsi, la tenue de la vitesse maximale est impactée par le terrain de la course. Ces variables sont à prendre en compte lors de l’élaboration de la stratégie de course. Il est possible de déterminer les préférences des chevaux grâce à un entraînement testant plusieurs configurations de pistes. 

            Nous pouvons donc affirmer que la tenue de vitesse maximale d’un cheval se mesure par sa capacité à tenir sa vitesse maximale en optimisant son processus de création d’énergie. En fin de course, la tenue de la vitesse maximale dépend des réserves d’énergie anaérobie. Pour les conserver, un cheval doit courir le plus possible dans un rythme optimal, aérobie de préférence, afin de garder ses ressources pour le sprint final. Ainsi, un des buts de l’entrainement est de repousser la vitesse à laquelle le seuil anaérobie est atteint.

           Chez l’homme, la vitesse maximale anaérobique est un bon indicateur. Elle est cependant plus difficile à évaluer chez le cheval au cours de l’entraînement. Assurer un suivi régulier du système de production énergétique et de la fréquence cardiaque pour une vitesse donnée (par exemple 60 km/h) permet d’estimer la progression de la tenue de vitesse maximale d’un cheval. Si ce dernier progresse, sa fréquence cardiaque pour une même vitesse diminuera.

            La récupération est également un bon indicateur. Pour un entraînement de même intensité, un cheval qui produit moins de lactate (donc qui puise moins dans ses réserves d’énergie) observera une amélioration de sa récupération observable par une décroissance plus rapide de sa fréquence cardiaque.

COMMENT AMÉLIORER LA TENUE DE VITESSE D’UN CHEVAL DE COURSE ? 

            Maintenant que l’on connait les différents paramètres permettant de mesurer la tenue de vitesse, voici quelques pistes d’amélioration. Le premier facteur à travailler est la capacité du cheval à tenir son effort, c’est-à-dire à dire produire assez d’énergie afin d’améliorer sa capacité à maintenir une vitesse élevée. Bien que chaque entraîneur possède ses techniques d’entraînement propres, il nous semble important de rappeler les différents types d’entraînements qui contribuent à l’optimisation des processus énergétiques des chevaux de course.

           Les séances de travail peuvent être répertoriées en 3 catégories :

  • Le travail d’endurance fondamentale: ce type de séance a pour objectif de travailler la capacité aérobie du cheval. L’intensité ne doit pas dépasser les 70% de la fréquence cardiaque maximale du cheval. C’est un bon moyen de débuter les jeunes chevaux, de reprendre le travail après une convalescence ou bien d’effectuer une désaturation (forte fatigue).
  • Le travail de capacité aérobie: Le développement d’une capacité aérobie est nécessaire afin d’exploiter au maximum la vitesse maximale d’un cheval de course. Ce type d’entraînement, effectué à 70-80% de la FCmax, est un excellent outil de travail pour développer de manière conjointe la production d’énergie aérobie et anaérobie lactique. Ces séances peuvent être éprouvantes pour les chevaux et sont donc à employer avec précaution.
  • Le travail de puissance: ce type d’entraînement correspond à un cycle plus intense ayant pour objectif de développer la puissance maximale du cycle aérobie et de sa transition avec la filière anaérobie lactique. A termes, le cheval repousse son seuil de VMA, c’est-à-dire qu’il va être capable de courir plus vite et plus longtemps sans produire d’acide lactique. Très éprouvantes, ces séances sont délicates à mener et il est conseillé de monitorer le cheval avant et après l’exercice afin de s’assurer de son état de santé. 

En optimisant sa condition physique, le cheval est à même de maintenir une vitesse élevée et de ralentir le moins possible lors de la course.

EXEMPLE CONCRET DES EFFETS D’UN ENTRAÎNEMENT SUR LE PROCESSUS DE PRODUCTION ÉNERGÉTIQUE & LA TENUE DE VITESSE (données mesurées par le capteur EQUIMETRE)

 

En analysant les données d’Arion I (anonymisées pour cet article), nous pouvons voir que l’entraînement effectué entre les deux séances a été bénéfique. En effet, la zone d’anaérobie est réduite pour une vitesse supérieure. Le processus de création d’énergie a été optimisé, le cheval est capable de courir plus rapidement et plus longtemps en produisant moins d’effort. Nous pouvons en déduire que la tenue de vitesse est améliorée. 

données de tenue de vitesse maximale au cours d'un entraînement
données de tenue maximale de vitesse d'un cheval de course après une période d'entraînement

Entraînement du 25/07/20

Entraînement du 01/09/20

Références

Mercier Q, Aftalion A., 2020 Optimal speed in Thoroughbred horse racing. PLoS ONE 15(12): e0235024. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0235024

Genty, A., 2013. Les Pratiques D’entraînement Du Trotteur Français Avant La Qualification. Étude Terrain En Basse-Normandie. Doctorat vétérinaire. Faculté de médecine de Créteil.

Spence, A., Thurman, A., Maher, M. and Wilson, A., 2012. Speed, pacing strategy and aerodynamic drafting in Thoroughbred horse racing. Biology Letters, 8(4), pp.678-681.